Je rends mon tablier, enfin, ma blouse…

Ça y est, j’ai officiellement raccroché mon boulot d’ergothérapeute en France.

J’ai démissionné.

A nous deux les USA, j’ai pensé en sortant du bureau de mon cadre.

Un sourire conquérant s’est installé sur mon visage mais mon cœur s’est malgré tout serré.

Car oui, j’ai beau être contente de concrétiser mon projet, il n’en demeure pas moins que je tourne une page de 2 ans et demi. Et ce n’est pas rien.

Une page avec certes des hauts et des bas mais surtout avec des rencontres fabuleuses.

J’ai eu la chance d’évoluer au sein d’une équipe variée, jeune, dynamique, joviale et motivée. Et ça, c’est tellement de la veine pour un premier boulot !

Beaucoup de mes collègues sont devenus bien plus et je ne veux garder que tous nos beaux souvenirs.

J’oublie presque déjà les problèmes institutionnels, les couacs administratifs, les incompréhensions avec certaines personnalités, la communication lointaine avec la « hiérarchie », l’aspect lucratif de la santé dans le privé…

Tout ça part à la poubelle. Pas assez intéressant pour prendre la peine de le stocker.

En revanche…

Je me rappellerais de mon premier jour où verte de stress, je me suis présentée à l’accueil et où Amandine, la secrétaire médicale, m’a prise pour une stagiaire. J’étais tellement vexée.

Je me souviendrais encore de ma première patiente qui venait après avoir été opérée de l’épaule. Et qui m’a avoué à la fin de sa prise en charge, un bon mois plus tard, qu’elle m’avait trouvé bien trop jeune au départ.

Je me rappellerais de mon « intégration » sous la douche du 3ème étage durant ma deuxième semaine. On m’avait alors expliqué qu’il fallait bien me souhaiter « la bienvenue » et baptiser le « bébé ergo » que j’étais alors.

Je me souviendrais des concours de glissades dans le couloir avec les tabourets à roulettes.

Je me rappellerais de tous mes collègues qui sont partis vers d’autres horizons avant moi. De tout ceux qui restent, encore, pour maintenir le gouvernail du navire.

Je me souviendrais de toutes les chamailleries, les instants où nous avons chahuté de manière inter et pluri disciplinaire. Et aussi de tous ces moments où on a su être sérieux en équipe, se soutenir, s’écouter, avancer ensemble avec et pour les patients, construire.

Je me rappellerais de mes visites à domicile à perpet-les-oies où je bataillais pour trouver le domicile de certains patients. Et de ce jour où je me suis retrouvée au milieu de la Grande Borne, à Grigny, comme une fleur.

Je me souviendrais des stagiaires ergo qui sont venus dans notre service. De ceux que j’ai personnellement encadré. Du bonheur que c’est de former et de transmettre ses petites connaissances. Mais aussi des difficultés que ça entraîne et de la pédagogie que cela implique.

Je me rappellerais du bordel dans la salle d’ergo, des pots de départ à répétition, des chocolats en profusion, des geysers des radiateurs, de l’horrible peinture d’il y a deux ans et demi, des armoires remplies à craquer, de tous les pions qui sont tombés et que j’ai ramassé, du sol criard, des cartons empilés dans l’entrée, du café que j’ai tant de fois loupé (trop fort ou pas bien filtré), de l’alarme incendie qu’on a déclenché à cause de la cuisine, des décorations maisons, du bricolage quotidien.

Je me souviendrais des déjeuners au restaurant avec les revendeurs où on « se mettait bien ». Et de nos joues rosées quand on retournait bosser.

Je me rappellerais de presque tous mes patients. En me concentrant fort, je les revois tous. Ceux avec qui tout a semblé facile, ceux avec qui ça a été plus compliqué. Ceux pour qui j’ai failli pleurer, ceux pour qui j’ai du donner la moindre goutte de mon énergie chaque jour. Et ceux qui m’en ont offert sans s’en apercevoir. Et tous les « merci ».

Je me souviendrais des groupes de prophylaxie, free style, où j’avais l’impression d’animer une séance de téléachat avec mes aides techniques.

Je me rappellerais de mon pantalon blanc que j’enfilais puis de ma longue blouse blanche et bleue que je clipsais tous les matins. Un regard pour « checker » dans le miroir avant de sortir du vestiaire, j’ajustais mes crayons, feutres, ciseaux, scotch, mètre ruban, agenda dans mes poches (quoi, je suis ergo !).

Je pars, je laisse ma blouse à quelqu’un d’autre. Et mon petit service d’ergothérapie adoré.

1 commentaire sur « Je rends mon tablier, enfin, ma blouse… »

  • « Je me souviendrais des groupes de prophylaxie, free style, où j’avais l’impression d’animer une séance de téléachat avec mes aides techniques. »

    Hahahaha c’est trop ça !

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